Le 8 mars… et tous les autres jours.
Pour toutes les voix qu’on a trop longtemps mises en sourdine.
Aujourd’hui, j’avais envie de revenir sur ma chanson « En sourdine », issue de mon album À rebours.
Une chanson engagée autour des droits des femmes, née d’un besoin profond d’exprimer ce qui ne peut pas rester silencieux.
Pourquoi j’ai écrit « En sourdine »
Cette chanson est née d’un moment très simple… et très bouleversant.
Un matin, au réveil, j’ai entendu aux informations le nombre de féminicides en France.
Un nombre qui ne faisait qu’augmenter.
Et puis surtout, ces prénoms. Un à un.
J’ai senti ma gorge se nouer.
C’était trop lourd pour rester à l’intérieur.
Alors j’ai eu besoin de dire.
De transformer.
De faire exister autrement.
Cette chanson parle des violences faites aux femmes.
Et en même temps, elle s’inscrit dans quelque chose de plus vaste pour moi : le respect du vivant, de tous les êtres vivants.
La création musicale
Au départ, j’ai composé « En sourdine » à la guitare, dans une forme très épurée.
Quelque chose de fragile, presque suspendu.
Puis j’ai travaillé les arrangements en collaboration avec Alexandre Abdili.
On a imaginé :
- un cœur qui bat en ostinato, comme une présence constante
- un synthé basse, profond, qui apporte de la gravité et soutient le sens des mots
- des voix plus légères, aériennes, en contraste
Comme une tension entre poids et souffle.
Entre gravité et lumière.
Paroles de la chanson « En sourdine »
Ici dans ce pays
Ici dans cette ville
Ici dans cette rue, on ne veut plus
La fleur aux vingt pétales
Devient l’anémone du mal
Quand la dot devient l’antidote
Et quand le dragon s’enflamme
Malédiction, une femme
Quand le poids est un sou, que le sou est le choix
Fleur féminine, ton cœur en sourdine
Fleur féminine, ton cœur en sourdine
Ici dans ce miroir
Ici dans ces couloirs
Ici sur cette terre, on ne peut taire
La faucheuse est l’invitée
Aux naissances roses des fées
Perles de lune envolées, et la vie enlevée
Quand l’honneur est destructeur
Et plante là, en plein cœur
Des épines de peurs, des épines de pleurs
Fleur féminine, ton cœur en sourdine
Fleur féminine, ton cœur en sourdine
Ici dans ce pays
Ici dans cette ville
Ici dans cette rue, on ne veut plus
On ne veut plus
Ici
Ici là où
Ici
Ici là où
Fleur féminine, ton cœur en sourdine
Fleur féminine, ton cœur en sourdine
Fleur féminine, ton cœur en sourdine
(Féminicides)
(Fleur féminine)
Fleur féminine, ton cœur en sourdine
(Féminicides, fleur féminine)
Quelques clés de lecture
Ces images sont volontairement ouvertes, symboliques.
Mais pour celles et ceux qui souhaitent aller plus loin, voici quelques clés de lecture.
La « fleur féminine » traverse toute la chanson.
Elle représente à la fois la vie, la beauté, la fragilité… mais aussi ce qui est trop souvent abîmé, empêché, réduit au silence.
Son « cœur en sourdine » évoque une voix étouffée.
La « fleur aux vingt pétales » qui devient « l’anémone du mal » suggère une transformation : quelque chose de vivant qui bascule dans une réalité sombre.
Quand j’évoque « la dot », je fais référence à des pratiques encore présentes dans certains pays, notamment en Inde, où elle peut devenir une source de pression, voire de violence.
De la même manière, « le dragon » fait écho, de façon symbolique, à certaines réalités culturelles, notamment en Chine, autour des déséquilibres liés aux naissances et au genre.
Quand j’écris « l’honneur est destructeur », j’évoque ces systèmes de pensée où ce qui devrait protéger devient parfois ce qui enferme ou détruit.
La « faucheuse invitée aux naissances » vient dire l’inacceptable : la mort là où il devrait y avoir la vie.
Les « perles de lune envolées » évoquent ces vies arrachées, avec une forme de douceur, comme pour leur redonner une lumière.
Les « épines de peurs » et « épines de pleurs » traduisent les blessures profondes, visibles ou invisibles.
Enfin, la répétition de « ici » ancre la chanson dans le réel.
Ce n’est pas ailleurs.
C’est ici.
Dans ce pays, dans cette ville, dans cette rue.
Écouter « En sourdine »
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Une chanson pour ne plus taire
« En sourdine » est une manière pour moi de donner une voix à celles qu’on n’entend plus.
De faire résonner autrement ces prénoms, ces histoires, ces silences.
Parce que derrière chaque chiffre, il y a une vie.
Et que ces vies méritent d’être entendues.

En collaboration avec Alexandre Abdili
Photo : Sylvain Pascal
Artwork : Alexandre Abdili